Avant de devenir l’une des plus grandes légendes de l’histoire du football français, Zinedine Zidane a connu des débuts internationaux bien plus compliqués. Lors de l’Euro 1996 en Angleterre, le futur héros du Mondial 1998 était encore en pleine découverte du très haut niveau avec les Bleus. Mais un accident de voiture survenu quelques semaines avant la compétition aurait fortement perturbé sa préparation.
À cette époque, Zidane évoluait encore aux Girondins de Bordeaux et venait d’atteindre la finale de la Coupe UEFA, finalement perdue face au Bayern Munich. L’Euro 1996 devait lui permettre de franchir un nouveau cap avec l’équipe de France, mais son état physique allait considérablement limiter son influence.
«On n’a pas vu le vrai Zidane»
Journaliste à L’Équipe et chargé du suivi de Zidane pendant le tournoi, Vincent Duluc avait raconté en 2016 les conditions particulières dans lesquelles le Français avait abordé cette compétition. À l’époque, les journalistes bénéficiaient d’une proximité étonnante avec les joueurs de l’équipe de France. «En 96, en Angleterre, j’étais responsable du suivi de Zinedine Zidane. C’est moi qui le voyais. Mais à chaque point presse, on voyait les joueurs aussi souvent qu’on le voulait. On les prenait dans un coin et on discutait avec eux trois quarts d’heure. Il n’y avait pas de limite, aucun problème. Le créneau était : il y a une heure pour la presse, donc les journalistes prenaient rendez-vous avec des joueurs. Des fois les joueurs descendaient, on leur disait : “Non, c’est bon, tu peux remonter dans ta chambre, on te verra un autre jour”.», racontait Vincent Duluc.
Le journaliste avait ainsi pu constater directement l’état physique de Zidane après son accident de voiture survenu à Bordeaux avant le départ pour l’Euro. «Je pouvais voir Zidane comme ça, assez librement, et je l’avais vu peu de temps après son accident de voiture à Bordeaux, juste avant l’Euro 96. Et en fait, il grimaçait complètement. Il m’avait montré le haut de sa cuisse, il était complètement bleu, vert. Il avait cassé son levier de vitesse dans les rues de Bordeaux avec ses fesses et je pense qu’il a joué à 60, 70% de ses qualités à l’Euro 96 et qu’on n’a pas vu le vrai Zidane. Le vrai Zidane aurait peut-être pu exploser deux ans plus tôt sans cet accident de voiture un petit peu avant de partir à l’Euro.», témoignait-il.
Un Euro 1996 difficile à digérer
La France d’Aimé Jacquet avait tout de même réussi à atteindre les demi-finales de la compétition, avant de s’incliner contre la République tchèque aux tirs au but. Mais individuellement, Zidane était loin du niveau qu’il allait afficher deux ans plus tard. Le principal intéressé avait reconnu, quelques semaines après le tournoi, avoir été profondément affecté par cette expérience.
«Pendant un moment, disons mon mois de vacances, j’ai vraiment eu besoin d’évacuer tout ça. Je n’étais pas saturé de foot, j’aime trop ça pour en être saturé, mais j’étais tellement fatigué ! Et puis, j’étais aussi touché au moral, parce que l’Euro ne s’était pas passé pour moi comme je le voulais, ni comme on l’attendait de moi.», expliquait-il dans les colonnes de L’Équipe en août 1996. Zidane avait alors besoin de prendre du recul afin de digérer cette première expérience internationale. «Il fallait que je coupe après une très longue saison. J’ai essayé de positiver, de me dire que cette première grande compétition qui s’était mal passée pour moi me fera du bien pour plus tard, qu’elle m’a préparé à la Coupe du monde. Je n’étais pas prêt, il fallait être plus costaud que ça, c’est tout», ajoutait-il.
Zidane refusait pourtant de chercher des excuses
Le Français savait que son accident avait eu des conséquences physiques, mais il refusait de s’en servir pour justifier ses performances. «Je ne veux pas chercher d’excuses. Après tout, si c’est aussi clair aujourd’hui, je n’avais qu’à le dire avant les matches. Mais moi, avant les matches, j’avais envie de jouer, de passer au-dessus de tout ça. Et dans certains matches comme la Bulgarie (3-1), je me suis bien senti. Je me disais alors que ça irait de mieux en mieux. Mais je ne veux pas chercher d’excuses. Simplement, trois mois après l’accident, j’ai encore mal derrière la cuisse, et c’est une réalité que je n’invente pas. Là, je m’aperçois que j’ai été vraiment touché.», reconnaissait l’ancien numéro 10.
«C’était déjà quelqu’un de passionné par le jeu»
Vincent Duluc se souvenait également d’un Zidane de 24 ans encore très différent de l’icône qu’il allait devenir. «C’était déjà quelqu’un de passionné par le jeu, qui parlait d’une voix toute douce. Je me souviens d’une discussion avec lui pendant cet Euro, dans la salle de presse qui était en fait une salle d’école maternelle dans la campagne de Leeds ou de Newcastle, et lui racontant que son plus grand souvenir dans le foot, c’était 20 minutes de jeu un jour à Auxerre, il était remplaçant avec Cannes, il était rentré sur le terrain et il avait eu l’impression de voler. Il en parlait en disant : “C’est le meilleur truc que j’ai vu.” Je pense qu’après ça a changé (rire).», racontait-il.







