Après quatorze années passées à la tête de l’équipe de France, Didier Deschamps a définitivement quitté son poste à l’issue de la Coupe du monde 2026. Alors que Zinedine Zidane lui a officiellement succédé, l’ancien sélectionneur des Bleus avait livré, quelques semaines avant son départ, un long témoignage sur son expérience et les exigences particulières liées à cette fonction. Un retour d’expérience qui pourrait être particulièrement précieux pour son successeur.
Arrivé sur le banc de l’équipe de France en juillet 2012, Didier Deschamps a connu une longévité exceptionnelle avec les Bleus. Champion du monde en 2018, finaliste du Mondial 2022 et régulièrement placé parmi les meilleures nations mondiales, le technicien français a marqué l’histoire de la sélection. Mais derrière les résultats et les trophées, Deschamps a également découvert les nombreuses contraintes liées au métier de sélectionneur. Dans un entretien accordé à GQ le 10 juin 2026, peu avant la fin de son mandat, il est revenu en détail sur cette expérience et sur tout ce qu’il avait appris au fil des années.
«Il a fallu que je m’adapte, car c’est d’une telle intensité»
Pour Didier Deschamps, diriger l’équipe de France a représenté l’une des expériences les plus importantes de sa carrière. L’ancien milieu de terrain estime même qu’il s’agit de la plus belle chose qu’il ait vécue professionnellement. «Avez-vous l’impression d’avoir fait le plus beau métier du monde ? Ah ça oui ! La plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie professionnelle, c’est l’équipe de France. J’ai eu le privilège, le bonheur, le luxe de pouvoir pendant vingt-cinq ans être à son service, en comptant les années en tant que joueur et en tant que sélectionneur.», a expliqué Deschamps. L’ancien sélectionneur a également insisté sur la différence considérable entre le travail effectué dans un club et celui réalisé à la tête d’une sélection nationale.
«Quelle différence faites-vous entre un club et une sélection, puisque vous avez dirigé les deux ? Ce n’est pas du tout le même métier. C’est un rythme totalement différent. Franchement, c’est très agréable de diriger une sélection, ça permet d’avoir une vie à côté. Il y a toujours des exigences, mais elles sont différentes. Et tout peut s’arrêter très vite. Quand on joue contre l’Ukraine, pour aller à la Coupe du monde 2014, ça aurait pu être mon dernier match.», a-t-il raconté. Avec l’expérience, Deschamps a appris à mieux gérer la pression et surtout à ne plus gaspiller son énergie sur des problèmes secondaires. «La longévité et l’expérience me permettent aujourd’hui de ne pas perdre de l’énergie sur des choses qui n’en valent pas la peine. Au début, il a fallu que je m’adapte, car c’est d’une telle intensité… Ça demande beaucoup de travail en amont et, heureusement, je ne suis pas seul pour gérer tout ça. Numériquement, nous sommes beaucoup moins que certaines autres équipes nationales, mais j’ai toujours préféré la compétence à la quantité», a-t-il ajouté.
Une préparation minutieuse pour éviter les problèmes
L’une des grandes particularités du poste de sélectionneur réside dans le fait que les rassemblements sont courts. Contrairement à un entraîneur de club, le technicien ne dispose pas de ses joueurs au quotidien et doit donc optimiser chaque période passée avec eux. Deschamps explique ainsi qu’une grande partie de son travail se déroulait en dehors des rassemblements. «Vous faisiez quoi de votre “temps libre” ? Il y a quatre à cinq rassemblements par an, en dehors des compétitions. Entre chacun d’entre eux, il y a du suivi, des ajustements dans la préparation, dans la logistique. Le but est d’éliminer au préalable tous les problèmes qu’on peut rencontrer pendant une compétition.», a-t-il détaillé. Mais malgré toute cette préparation, certains éléments restent impossibles à contrôler. «Après, il peut y avoir aussi les impondérables… Tout ce qui est extérieur, l’environnement autour de l’équipe, les médias…»
«C’est un rythme totalement différent»
Didier Deschamps a également comparé le quotidien d’un sélectionneur à celui d’un entraîneur de club. Et selon lui, la différence est particulièrement importante. «La fonction de sélectionneur m’a permis d’être au contact du très très haut niveau, ce qui est un besoin pour moi, et d’avoir parallèlement une vraie vie privée», a-t-il expliqué. Une situation bien différente de celle vécue par un entraîneur de club, constamment plongé dans l’actualité de son équipe. «Quand on est entraîneur de club, c’est comme si on était en permanence dans le tambour d’une machine à laver. Je me suis vu en photo lorsque j’étais coach de club : la différence entre le début et à la fin d’une saison ! Rien à voir. Même un entraîneur qui gagne change beaucoup», a raconté Deschamps. Le Français a également souligné le poids considérable de l’exposition médiatique. «La fatigue est énorme, on est confronté aux médias tous les jours. On se retrouve face à une actualité parfois autre que sportive, des questions politiques, et autres… C’est ça qui est usant», a-t-il regretté.









