FIFA : «Infantino n’est pas la cause, mais le symptôme», une violente attaque contre le président

Onsaitout
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La crise qui secoue actuellement la FIFA continue de faire parler. Alors que Gianni Infantino est vivement critiqué après le projet, depuis retiré, de permettre à des investisseurs privés de participer à la commercialisation des compétitions mondiales, Miguel Poiares Maduro a livré une analyse particulièrement sévère. Pour l’ancien membre du Comité de gouvernance de la FIFA, le président de l’instance mondiale n’est finalement que «le symptôme de problèmes beaucoup plus profonds».

Le projet FIFA Forward Enterprise a provoqué une importante polémique. Cette société devait permettre à des investisseurs privés de participer à la commercialisation des grandes compétitions mondiales. Une initiative finalement retirée, mais qui a relancé les interrogations sur la place grandissante de l’argent dans le football. «Cette initiative d’Infantino et la création de cette entreprise ne sont pas apparues par hasard ; elles sont le fruit d’un processus graduel et continu, s’étendant sur des décennies, d’hypercommercialisation du football», a expliqué Miguel Poiares Maduro auprès de l’agence Lusa.

«Les prix exorbitants» de la Coupe du monde 2026 dénoncés

L’ancien membre du Comité de gouvernance de la FIFA ne s’est pas arrêté là. Pour illustrer cette transformation du football, le professeur d’université a notamment évoqué les prix des billets de la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Il a ainsi dénoncé «les prix exorbitants des billets» ainsi que «la prolifération des compétitions, qui produisent (…) des blessures de plus en plus fréquentes chez les joueurs». Selon Football Supporters Europe, les billets pour la Coupe du monde 2026 coûteraient jusqu’à cinq fois plus cher que ceux du Mondial 2022 au Qatar. Une situation qui, selon Poiares Maduro, témoigne d’une priorité de plus en plus importante accordée aux revenus. «Le monde du football et ses instances dirigeantes, qui devraient se préoccuper d’un très large éventail de questions et pas seulement de maximiser les revenus, sont de plus en plus guidés par cette priorité», a-t-il déploré.

«Infantino pourrait survivre à cette crise»

Malgré les critiques et la pression exercée par plusieurs confédérations, Miguel Poiares Maduro estime que Gianni Infantino pourrait finalement sortir renforcé de cette nouvelle crise. «Il est possible qu’Infantino survive à cette crise politique», a-t-il expliqué, estimant que les revenus générés permettent au président de la FIFA de renforcer son influence auprès des fédérations. «Plus les profits sont importants, plus le président de la FIFA dispose d’argent à distribuer entre les fédérations, [dont] dépend son pouvoir.»

Les confédérations d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord, centrale et caribéenne ont pourtant accusé Gianni Infantino d’avoir abandonné son devoir en se plaçant «au-dessus du collectif qui lui avait confié l’autorité». Mais le président de la FIFA, en poste depuis 2016, a confirmé le 6 septembre dernier son intention de briguer un nouveau mandat lors de l’élection prévue le 18 mars 2027. À ce jour, il reste le seul candidat déclaré. «Au fil du temps, comme cela a toujours été le cas avec les scandales de la FIFA, la pression publique diminue et, par conséquent, la probabilité qu’Infantino reste au pouvoir augmente», a admis Poiares Maduro.

«Il est le symptôme de problèmes beaucoup plus profonds»

Pour l’ancien ministre portugais, le véritable problème dépasse largement la personne de Gianni Infantino. «La crise de la FIFA ne se limite pas au président et ne le concerne pas principalement», a-t-il assuré. Avant de lâcher une phrase particulièrement forte : «Infantino n’en est pas la cause, il est le symptôme de problèmes bien plus profonds qui existent.» Miguel Poiares Maduro pointe notamment du doigt le conflit entre les deux rôles de la FIFA : celui de régulateur du football et celui d’opérateur commercial. «Lorsque les profits exigent moins d’attention que les autres objectifs que la FIFA devrait protéger, voilà ce qui arrive», a-t-il déploré. L’ancien membre du Comité de gouvernance réclame donc une «séparation claire» entre ces différentes fonctions afin d’empêcher les intérêts commerciaux de prendre le dessus sur ceux des joueurs, des supporters et des clubs. «Si les règles régissant les compétitions sportives sont décidées par des intérêts qui incluent les athlètes, les fans et tous les autres, alors nous garantissons que les intérêts commerciaux ne domineront pas», a-t-il insisté.

Un «cartel politique» à la FIFA ?

Miguel Poiares Maduro s’est également montré très critique concernant le fonctionnement interne de la FIFA. Ancien membre du Comité de gouvernance pendant huit mois avant son départ en 2017, il affirme avoir été directement confronté aux limites de l’indépendance des organes de contrôle. «Ce qui se passe aujourd’hui, et j’en ai fait l’expérience directe pendant plusieurs mois, c’est que les organismes indépendants dépendent en pratique de ceux qu’ils sont censés contrôler», a-t-il déclaré. Et l’ancien responsable portugais a poursuivi son attaque : «Si la direction de la FIFA n’apprécie pas ces décisions, qu’elle remplace ces instances indépendantes et qu’elle envoie un message clair à l’avenir : soit vous faites ce que nous voulons, soit vous êtes remplacés.»

Enfin, Miguel Poiares Maduro a dénoncé un système électoral qu’il juge trop fermé. Selon lui, l’univers électoral du président de la FIFA «est très limité et donc captif» et constitue aujourd’hui «un cartel politique». «Nous devons élargir la représentation à d’autres intérêts. Les femmes sont très sous-représentées, les supporters ne sont pas du tout représentés, les athlètes sont également sous-représentés, et les clubs sont sous-représentés», a-t-il conclu. Une sortie particulièrement sévère qui intervient à un moment délicat pour Gianni Infantino. À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, le patron de la FIFA voit les critiques se multiplier. Mais pour Miguel Poiares Maduro, remplacer l’homme ne suffira pas : c’est tout le fonctionnement du football mondial qui doit être repensé.

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