Légende du Real Madrid et de l’équipe de France, Zinédine Zidane a connu un parcours exceptionnel, marqué notamment par le sacre mondial de 1998 et la victoire à l’Euro 2000. Mais avant de devenir l’une des plus grandes stars du football français, l’ancien numéro 10 a vécu un déracinement particulièrement difficile.
À seulement 14 ans, Zidane quitte sa famille pour rejoindre l’AS Cannes. Un changement brutal pour le jeune garçon originaire de La Castellane, qui découvre alors le centre de formation et la vie loin de ses proches. «J’ai l’impression d’être parti depuis mes 14 ans. Le déracinement, pour moi, c’est mon départ de la maison pour Cannes. Ça fait plus de trente-cinq ans que je suis dehors. Mon départ à Cannes, c’était l’étranger. Ça forge, ça forme, tu grandis vite. Tout va à 2000 à l’heure à partir de là.», racontait-il à L’Équipe en 2022. Ses parents avaient toutefois posé une condition avant d’accepter son départ : Zidane devait vivre dans une famille d’accueil. «Mes parents ne voulaient pas me laisser partir comme ça, livré à moi-même et déjà au centre de formation. Ils avaient peur des mauvaises fréquentations. Je suis allé dans une famille d’accueil. C’était la condition essentielle de mes parents pour que je parte. J’étais logé chez Madame et Monsieur Elineau. Je suis resté un an et demi chez eux», expliquait-il.
Jean Varraud, une rencontre décisive
L’arrivée de Zidane à Cannes doit beaucoup à Jean Varraud. Le recruteur l’avait remarqué alors qu’il évoluait avec l’équipe de Septèmes à Saint-Raphaël. Et c’est un geste technique assez inattendu qui aurait définitivement convaincu le recruteur. «Monsieur Jean Varraud m’avait recruté. Il était venu me voir à Saint-Raphaël, où je jouais avec mon équipe de Septèmes. Quand il m’a supervisé, je ne jouais pas au milieu. Il manquait un défenseur central et j’avais joué dans l’axe. Il m’a pris pour un seul truc… Parce que j’avais tenté un petit pont dans ma surface. Je suis parti à l’essai une semaine à Cannes grâce à ce geste. Il me l’a dit après.», racontait Zidane. Sur la Côte d’Azur, le jeune joueur trouve également un véritable soutien auprès de Jean Varraud. «Monsieur Varraud a été comme un père pour moi à Cannes. Il était fantastique ! Tout le temps à me parler, à me dire que je réussirais si j’étais sérieux, si je bossais. Il ne me lâchait jamais. Un dingue de foot, se souvenait-il. C’est lui qui a forcé Jean Fernandez, alors entraîneur des pros, à venir me voir chez les jeunes, à force de lui casser les pieds. Il y a des personnes qui sont des génies et qui marquent votre existence», se souvenait-il.
Zidane pleurait chaque soir
Malgré la présence bienveillante de sa famille d’accueil, l’éloignement de ses proches a profondément marqué Zidane. En 2015, il avait livré une confidence particulièrement émouvante sur cette période. «C’était très tôt pour moi. Je vais vous avouer quelque chose : pendant un an, tous les soirs, quand j’étais seul dans ma chambre, je pleurais. J’étais dans une famille d’accueil adorable, chez monsieur et madame Elineau, qui faisaient le maximum pour moi. Ils ne le savaient pas, mais le soir, avant de me coucher, je pleurais. Tous les soirs. Ma famille me manquait trop, mes frères, ma sœur…»
«Je voulais qu’ils soient fiers de moi»
Le jeune Zidane s’est alors investi corps et âme dans son apprentissage. «Ils n’étaient pas trop contents que je n’aie pas poussé les études. Moi, j’étais centré sur le foot. Avec ce départ à Cannes, à partir de là, je me suis dit que j’allais bosser pour mes parents. Je voulais qu’ils soient fiers de moi», confiait-il. Son quotidien était entièrement tourné vers le ballon. «J’ai tout mis dans le foot. Je faisais du mur, du mur et du mur… J’ai tapé des heures avec mon pied gauche : tac, tac, tac, tac ! J’allais regarder les professionnels s’entraîner dès que je pouvais pour voir, prendre des trucs. Après leur séance, je prenais un ballon tout seul et j’allais m’entraîner de nouveau. Il fallait que je joue.»
À 15 ans, Zidane savait déjà ce qu’il voulait devenir : «réussir dans le foot, réussir pour mes parents. Il y a eu aussi Alain Pedretti, le président de Cannes… Il m’a offert ma première voiture après mon premier but (il rit). Vous n’imaginez pas ce que cela représentait pour moi ! J’étais comme un fou…». Quelques années plus tard, son rêve allait prendre une dimension exceptionnelle, jusqu’à le conduire au plus haut niveau avec les Girondins de Bordeaux, la Juventus, le Real Madrid et l’équipe de France.






