Depuis sa création en 1956, le Ballon d’Or a régulièrement suscité des débats sur l’identité de son vainqueur. À l’occasion du 70e anniversaire du trophée, retour sur 15 éditions controversées, de Stanley Matthews à Rodri, en passant par Messi et Cristiano Ronaldo.
Le Ballon d’Or ne fait pas toujours l’unanimité. Si certains lauréats ont été largement salués, d’autres ont vu leur sacre contesté par les supporters, les observateurs ou les joueurs eux-mêmes. Les critères de vote, les performances individuelles et les titres remportés ont souvent alimenté les discussions.
1956 : Stanley Matthews devant Alfredo Di Stéfano
Le premier Ballon d’Or a déjà suscité des interrogations. Stanley Matthews, légende anglaise de Blackpool, a devancé Alfredo Di Stéfano de seulement quatre voix. Pourtant, l’Argentin naturalisé espagnol venait de conduire le Real Madrid vers sa première Coupe d’Europe, en inscrivant un but lors de la victoire contre Reims (4-3).
1962 : Josef Masopust devance Eusébio
Finaliste de la Coupe du monde 1962 avec la Tchécoslovaquie, Josef Masopust a remporté le trophée malgré la défaite de son équipe contre le Brésil. Il a devancé Eusébio, alors âgé de 20 ans, qui venait de briller avec Benfica, notamment grâce à un doublé en finale de la Coupe d’Europe contre le Real Madrid (5-3). À cette époque, les joueurs non européens n’étaient pas éligibles au Ballon d’Or.
1964 : Denis Law plutôt que Luis Suarez
Denis Law a inscrit 30 buts en 30 matchs de championnat avec Manchester United, mais le sacre de l’Écossais a surpris certains observateurs. Luis Suarez avait remporté la Coupe d’Europe avec l’Inter Milan, puis le Championnat d’Europe avec l’Espagne. Des années plus tard, le milieu espagnol reconnaissait sa surprise : «J’étais très surpris d’être finaliste. On est jeune et on n’y accorde pas autant d’importance…»
1967 : Florian Albert face aux grandes figures européennes
L’attribution du trophée à Florian Albert reste l’une des plus discutées. L’attaquant hongrois de Ferencváros a devancé plusieurs joueurs prestigieux, dont Bobby Charlton et Jimmy Johnstone, vainqueur de la Coupe d’Europe avec le Celtic. Aucun candidat ne s’étant nettement détaché, Albert a finalement été récompensé après plusieurs apparitions parmi les finalistes.
1974 : Johan Cruyff devant Franz Beckenbauer
Johan Cruyff a remporté son troisième Ballon d’Or après avoir conduit les Pays-Bas en finale de la Coupe du monde. Pourtant, Franz Beckenbauer avait également de solides arguments, lui qui avait tout gagné avec le Bayern Munich et l’Allemagne. Cette édition a opposé deux des plus grandes figures de leur époque, rendant le choix particulièrement disputé.
1977 : Allan Simonsen face à Kevin Keegan
Allan Simonsen a été récompensé après une saison remarquable avec le Borussia Mönchengladbach, marquée notamment par un titre de champion d’Allemagne et une finale de Coupe d’Europe. Mais Kevin Keegan, figure majeure du Liverpool de l’époque avant son départ à Hambourg, pouvait également prétendre à la distinction. Leur duel a alimenté de nombreux débats.
1986 : Igor Belanov profite de l’absence de Maradona
La victoire de l’Argentine à la Coupe du monde 1986 a relancé les discussions autour des critères du Ballon d’Or. Diego Maradona, pourtant héros du tournoi, ne pouvait pas concourir, puisque le trophée était alors réservé aux joueurs européens. Igor Belanov, attaquant soviétique du Dynamo Kiev, a finalement devancé Gary Lineker, meilleur buteur du Mondial.
1987 : Ruud Gullit devant Paulo Futre
Paulo Futre a longtemps estimé qu’il méritait le Ballon d’Or 1987 après avoir remporté la Coupe d’Europe avec Porto. Ruud Gullit, qui évoluait alors au PSV Eindhoven avant de rejoindre l’AC Milan, a finalement été récompensé. Futre est revenu sur le vote des journalistes plusieurs années après : «Le dernier vote a été exprimé par un journaliste portugais, et il a voté pour Gullit et Butragueño…» Quinze points séparaient les deux joueurs.
1996 : Matthias Sammer devance Ronaldo d’un point
La lutte entre Matthias Sammer et Ronaldo a été particulièrement serrée. Le défenseur allemand a remporté le Ballon d’Or avec une seule voix d’avance sur l’attaquant brésilien, qui avait brillé avec le PSV Eindhoven et sa sélection avant de rejoindre le FC Barcelone. Le titre européen remporté par Sammer avec l’Allemagne, ainsi que ses performances en club, ont pesé dans la décision.
2001 : Michael Owen plutôt que Raul
Le sacre de Michael Owen a provoqué des réactions en Espagne, où de nombreux observateurs estimaient que Raul aurait dû être récompensé. L’attaquant anglais de Liverpool avait remporté cinq trophées en 2001, dont la Premier League, la FA Cup et la Coupe UEFA. Raul, de son côté, avait brillé avec le Real Madrid, mais l’élimination face au Bayern Munich en demi-finale de la Ligue des champions a pu peser dans le résultat.
2004 : Andriy Shevchenko devance Deco
Andriy Shevchenko a remporté le Ballon d’Or après plusieurs saisons remarquables avec l’AC Milan. Mais Deco, vainqueur de la Ligue des champions avec le FC Porto de José Mourinho et finaliste de l’Euro avec le Portugal, figurait parmi les candidats les plus sérieux. La victoire surprise de la Grèce lors du Championnat d’Europe a également influencé les discussions autour de cette édition.
2006 : Fabio Cannavaro récompensé après le Mondial
Le sacre de Fabio Cannavaro a largement été associé à la victoire de l’Italie à la Coupe du monde 2006. Le défenseur central a devancé plusieurs joueurs de premier plan, alors que Ronaldinho, vainqueur de la Ligue des champions avec le FC Barcelone, a terminé quatrième. Gianluigi Buffon et Thierry Henry ont également été cités parmi les joueurs qui auraient pu prétendre au trophée.
2010 : Lionel Messi devant Xavi, Iniesta et Sneijder
Le Ballon d’Or 2010 reste l’une des éditions les plus controversées. Lionel Messi a devancé ses coéquipiers du FC Barcelone Xavi et Andrés Iniesta, pourtant champions du monde avec l’Espagne en Afrique du Sud. Wesley Sneijder, vainqueur de la Ligue des champions avec l’Inter Milan et finaliste du Mondial avec les Pays-Bas, a lui aussi été considéré comme un candidat méritant.
2013 : Cristiano Ronaldo plutôt que Franck Ribéry
Cristiano Ronaldo a remporté son deuxième Ballon d’Or en 2013, devant Lionel Messi et Franck Ribéry. Le Français semblait pourtant disposer d’arguments solides après avoir remporté la Ligue des champions, la Bundesliga et plusieurs autres trophées avec le Bayern Munich. Son absence au sommet du classement a suscité de nombreuses interrogations, malgré la saison exceptionnelle de Ronaldo avec le Real Madrid.
2021 : Lionel Messi devant Robert Lewandowski
Le sacre de Lionel Messi en 2021 a relancé le débat sur la place de Robert Lewandowski. L’attaquant polonais avait impressionné par son efficacité avec le Bayern Munich et était considéré par beaucoup comme un sérieux prétendant. Plusieurs observateurs estimaient qu’il aurait mérité de recevoir le trophée en 2020, année où la récompense n’avait pas été attribuée en raison de la pandémie de Covid-19.
2024 : Rodri face à Vinicius Junior
Le Ballon d’Or 2024 a provoqué une vive réaction du Real Madrid. Vinicius Junior, vainqueur de la Ligue des champions avec le club espagnol, était considéré comme un favori par de nombreux observateurs. Mais Rodri, champion d’Europe avec l’Espagne et pièce maîtresse de Manchester City, a finalement remporté le trophée. Cette décision a relancé les discussions sur le poids des titres collectifs et des performances individuelles dans le système de vote.






